Débat sur l’école en région bruxelloise 24
avril 2008
Participants :
Marie Arena, Faouzia Hariche, Serge de Patoul, Modérateur Emmanuel Degrez.
Ce débat a
un peu manqué de clarté et s’est parfois dispersé dans des points polémiques
qui s’écartaient un peu du sujet.
D’entrée de
jeu Marie Arena a complété la réflexion du 8 avril par quelques indications. Il
y a 120000 enseignants en Communauté française, 2000 postes nouveaux ont été
ouverts au cours de son mandat de Ministre de l’enseignement. Elle a souligné
que l’enseignement est le principal outil permettant de donner des perspectives
à la société.
Elle a
confirmé que la discrimination positive se retrouve essentiellement concentrée
dans la région bruxelloise, ce qui confirme que les problèmes dramatiques
d’inégalité démontrés par Nico Hirtt au niveau de l’ensemble de la Communauté
sont encore bien pires pour la région.
Serge de
Patoul a commencé en affirmant sa totale opposition au décret inscriptions.
Pour autant il ne nie pas la nécessité d’aboutir à une plus grande mixité
sociale.
Il a
affirmé qu’il n’existe pas de règle générale en matière d’enseignement et qu’à
un type d’école doit correspondre un type d’élève. Par contre, il reconnaît que
le modèle finlandais d’enseignement est intéressant.
L’enseignement
fondamental doit se concentrer sur les apprentissages de base : lecture,
calcul, vie sociale, raisonnement.
Il insiste
sur la nécessité d’un diagnostic précis et précoce des problèmes de chaque
enfant (par exemple des 10% de dyslexiques qui ne sont le plus souvent pas
diagnostiqués).
Il souligne
la grande problématique des relations parents-écoles qui débouche trop souvent
sur un dialogue de sourds. Il avoue ne pas trouver d’approche efficace pour
créer une relation de cause commune entre eux. Il souligne le rôle essentiel
des parents dans la scolarité des enfants.
Il évoque
les effets de mode qui nuisent à la stabilité et la nécessité de garder des
pratiques structurantes fondées sur des règles clairement établies et à
respecter.
Il
souhaiterait que l’enseignement en alternance soit plus développé à Bruxelles.
Il considère qu’il s’agit d’une alternative à promouvoir, dans les cas de
situation sociale défavorisée.
Il soutient
la nécessité d’introduire un processus de la réussite (que je traduirais plutôt
par une culture de la réussite). Il évoque à ce sujet une expérience anglaise
qui a consisté à étudier deux classes fondamentales en parallèle, l’une
fonctionnant sur le modèle habituel, l’autre où l’enseignant avait pour
consigne de systématiquement dire que le travail effectué par l’élève était bon
et de suggérer les améliorations possibles sans plus. Au terme de l’expérience
le deuxième échantillon, où le travail était systématiquement valorisé, a
obtenu des résultats significativement supérieurs.
Il souhaite
un meilleur encadrement des enseignants, particulièrement en ternes de
formation continue et en accompagnement dans les situations difficiles.
Il souligne
particulièrement qu’en matière d’enseignement rien n’est plus injuste qu’un
traitement égalitaire, chaque enfant ayant ses particularités.
Il indique
enfin qu’à son avis l’école souffre des nominations à vie des enseignants. Il
estime que 95% des enseignants sont bons mais que 5% ne le sont pas et que les
directions doivent de ce fait gérer des situations inacceptables. Il plaide
pour remplacer les nominations à vie par des contrats à durée limitée.
Marie Arena
s’élève contre ce projet en indiquant que ce n’est pas en précarisant une
fonction qu’il est possible de maintenir une motivation et qu’il existe la
possibilité de ne pas nommer un enseignant qui ne donne pas satisfaction, mais
qu’il faut pour cela que le pouvoir organisateur aie le courage de rentrer un
rapport défavorable. Par ailleurs, même si les procédures sont alors plus longues
(possibilités de recours) il est également possible de mettre un enseignant
nommé en disponibilité s’il ne donne pas satisfaction. Monsieur de Patoul
indique que dans ce cas la durée de procédure est de 5 ans.
Mon analyse des positions de Monsieur de Patoul, en fonction des éléments exposés par Nico Hirtt le 8 avril et de l’exemple finlandais.
Même si
certains échanges d’idées ont été un peu polémiques, par exemple sur le décret
inscriptions, il est possible de dégager un certain nombre de points de
convergence encourageants. Par contre d’autres positions me paraissent inadaptées pour atteindre des
objectifs sur lesquels un consensus est parfois affiché.
Sur
l’importance des apprentissages de base il me semble y avoir un large
consensus, pour autant qu’on ne se limite pas la lecture, calcul, écriture,
vocabulaire. Y inclure l’apprentissage de la vie sociale me semble une
évidence. Je suppose que cette priorité aux apprentissages de base ne devrait
pas empêcher et pourrait même être soutenue par d’autres acquisitions de savoir
de nature à développer une citoyenneté responsable tels que l’histoire, la géographie, les sciences, ou de nature à
aider à l’acquisition de ces savoirs, comme la musique qui semble faciliter
l’acquisition de la lecture ou une formation polytechnique (manuelle), mais ici
nous entrons dans des domaines de spécialistes de la pédagogie et des sciences
cognitives.
Sur
l’importance du diagnostic précoce des problèmes et de la remédiation immédiate
tout le monde est d’accord, tout comme
sur le fait qu’en matière d’enseignement un traitement égalitaire est injuste.
Par contre, de là à en déduire qu’il faut créer des écoles spécifiques par type
d’enfant je pense qu’il y a erreur sur le choix des moyens à utiliser. Dans
l’école finlandaise, qui sert d’exemple peu contesté, la remédiation est prise
en charge dans l’école, par l’enseignant. En cas de problème plus grave des
spécialistes prennent le relais toujours au sein de l’établissement scolaire,
en retirant le moins possible l’élève de son groupe.
Sur la
problématique du dialogue de sourds parents-école les zones d’éducation
prioritaire (ZEP) avaient ouvert une approche me semble-t-il intéressante, par
la mise à disposition de ressources humaines partagées entre école et
associations (bibliothèques, alphabétisation, éducateurs de rue, et tout le
secteur associatif). Les associations étaient plus étroitement impliquées dans
le fonctionnement de l’école et inversement et le contact avec les parents étit
ainsi amélioré. Le programme de l’APED va dans le même sens en proposant le
concept de l’école ouverte, pour toutes les écoles.
Toujours sur
base du fonctionnement de l’école finlandaise, à l’idée de garder des pratiques
structurantes fondées sur un système de règles, je préfèrerais l’introduction
d’une culture du respect mutuel et de la responsabilité, fondée sur une haute
qualification des enseignants.
Attribuer un
rôle essentiel aux parents, dans la scolarité des enfants, présuppose que tous
les parents ont à la fois les compétences, la disponibilité et le désir de
s’investir dans la scolarité de leurs enfants. Les faits prouvent que c’est
loin d’être toujours le cas et des actions utiles pour améliorer la capacité
des parents à soutenir leurs enfants pourraient être entreprises (alphabétisation,
formation parentale, …). Le système scolaire finlandais une fois encore ne
permet pas à l’école de déléguer une partie de son rôle aux parents (peu de
devoirs). Mais il y a une obligation de résultat.
Sur la
problématique des nominations à vie des enseignants. On ne peut qu’être
d’accord sur le fait qu’il est inacceptable que 5% des enseignants posent
problème (incompétence, démotivation ou autre). S’agissant de l’avenir des
enfants, même 1% serait trop. Par contre la précarisation de la fonction ne
rendra pas la motivation. Je pense que le problème principal naît de
l’inadéquation et de l’insuffisance des études. Des élèves débarquent à l’école normale sans posséder les
connaissances qu’ils sont sensés transmettre. L’école normale tente de pallier
ces déficits plutôt que d’enseigner la pédagogie, la méthodologie, la
psychologie, le diagnostic précoce et la manière de remédier aux problèmes des
élèves. Il n’est pas étonnant que ces enseignants insuffisamment formés se
retrouvent totalement déstabilisés. Quelle réaction avez-vous lorsqu’un
enseignant s’avère incapable d’écrire une seule phrase sans faute ? Au
mieux vous lui faites la remarque entre quatre yeux, au pis ce sera en présence
des enfants, avec toutes les conséquences qui en découlent.
Ici aussi
l’enseignement finlandais a opté pour une fonction d’enseignant avec moins de
précarité qu’en Belgique aujourd’hui, mais avec une formation universitaire qui
force le respect. La solution pourrait donc être l’introduction d’un examen
d’entrée et une revalorisation du diplôme, porté à un niveau universitaire ou
équivalent.
Pour ce qui
concerne le développement de l’enseignement en alternance, nous nous trouvons
le plus souvent dans le cadre d’un processus de « récupération »
après une situation d’échec. C’est certainement utile et particulièrement
important en région bruxelloise dans la situation actuelle. Il ne faudrait pas
pour autant en arriver à organiser l’enseignement fondamental sur base de
l’acceptation de l’échec.
Marie Arena est d’avis que la précarisation générale de la fonction
d’enseignant n’est certainement pas la solution pour résoudre le problème de la
frange d’enseignants à problèmes.
Elle souligne les acquis en termes de socles de compétences et
d’évaluation externe.
Faouzia Hariche fait part de ses constats pour Bruxelles. La
ségrégation sociale au niveau des écoles y est pire que partout ailleurs. Les
enquêtes internationales montrent que les résultats scolaires diffèrent
essentiellement en fonction du niveau social. L’absence de mixité sociale
aboutit à éclater l’enseignement entre des écoles de haut niveau et des écoles
de bas niveau, avec heureusement une certain nombre d’établissement qui
parviennent à un juste équilibre de qualité.
A Bruxelles 19,3 % des enfants sont en décrochage scolaire total.
Dans les causes de cette situation elle pointe le pacte scolaire et ses
conséquences :
-
les cours philosophiques qui exacerbent ce qui sépare les enfants,
plutôt que de les réunir
-
le quasi-marché scolaire aboutit à la dualité sociale, avec des écoles
qui sélectionnent à priori ou en cours de cycle et des écoles qui cherchent,
souvent vainement, à rattraper les rejetés
-
l’intervention insuffisante de l’État par rapport à ces problèmes.
Le décrochage scolaire s’accompagne très souvent de violence et de
racisme, ainsi à Bruxelles 43 % des élèves ont été victimes de racisme. Le
phénomène est plus marqué dans le technique que dans l’enseignement général. 41
% ont subi une violence physique ! La moitié des élèves associent insécurité
et marocains, mais ici aussi c’est moins le cas dans l’enseignement général.
Les actions proposées ou en cours sont :
-
Renforcer la mixité sociale, dont il est prouvé qu’elle améliore les
résultats moyens et qu’elle tend même à améliorer les meilleurs résultats.
-
Mettre en place un organigramme prévoyant un encadrement d’écoute.
-
Améliorer les procédures d’inscription au niveau maternel et primaire
sur trois axes, la transparence, l’équité entre élèves et l’information de la
population.
-
Plafonner les frais scolaires.
-
Mutualiser les actions pour réduire les coûts
-
Organiser des actions attractives pour valoriser les écoles en
difficulté.
-
Créer sur Bruxelles d’un CEB (Certificat d’études de base ?)
commun donnant des résultats comparables entre quartiers et populations.
-
Renforcer l’égalité entre élèves en liant le réseau des bibliothèques à
l’instruction publique, en créant des « centres de littérature
jeunesse » et en promouvant les actions « j’aime lire » dès la
maternelle.
-
Renforcer la pratique des langues. L’obligation de l’enseignement du
néerlandais à partir de la troisième année primaire se heurte à un double
problème de financement, qui n’est pas prévu par la Communauté française, mais
surtout du manque d’enseignants.
-
Éduquer à la santé et à l’alimentation en insistant sur l’importance du
petit déjeuner. Supprimer les distributeurs de sodas et prévoir l’accès à l’eau
potable.
-
Renforcer la pratique du sport et plus particulièrement de la natation.
-
Renforcer la prévention SIDA, suicide et assuétudes.
-
Informer sur l’importance du sommeil.
-
Renforcer l’information sur le développement durable et la gestion des
déchets.
Monsieur de Patoul indique qu’une école en immersion linguistique sera
organisée à Woluwe-Saint-Pierre et qu’un système de tutorat sera mis en place
avec l’ULB pour les élèves du secondaire en difficulté. Un accent particulier
sera mis sur l’amélioration du vocabulaire et de l’analyse syntaxique.
Il indique par ailleurs qu’à Woluwe-Saint-Pierre 10 % des élèves n’ont
pas de repas prévu à midi.
L’une des personnes assistant à la conférence s’est insurgée violemment
contre le fait qu’aucun système ne permet d’utiliser des pensionnés compétents,
pour combler le manque de professeurs et plus particulièrement de professeurs
de langue.
Conclusions.
Les deux
conférences ont confirmé qu’il existe un problème considérable dans
l’enseignement en Belgique francophone et réellement dramatique au niveau de la
région de Bruxelles. Notre école est extraordinairement inégalitaire et ses
résultats moyens sont très médiocres. Il s’agit d’un problème qui a des causes
multiples et qui ne peut être résolu que par une action sur tous les facteurs
qui contribuent à cette situation.
Les problèmes
principaux qui doivent certainement être résolus sont :
La création
d’une vraie mixité sociale, qui nécessitera notamment la suppression du
quasi-marché scolaire.
Le
diagnostique précoce et la remédiation immédiate des problèmes d’apprentissage.
L’orientation
précoce doit être remplacée par un vrai tronc commun généraliste jusque 15-16
ans.
La fixation
d’objectifs clairs, vérifiés par une
évaluation centralisée rigoureuse.
A titre
personnel, je rajouterais un problème qui a très peu été évoqué au cours des
deux conférences mais qui revient régulièrement dans d’autres contextes :
les enseignants doivent être mieux formés. Les études de tous les enseignants
maternels, instituteurs et régents doivent être portées à 5 ans, et donner une
garantie, non seulement d’une connaissance réelle des matières qu’ils devront
enseigner, mais surtout de capacité de diagnostic des problèmes d’apprentissage
et de remédiation. Il doivent aussi être formés à un type d’enseignement qui
remet l’enfant au centre du processus, qui encourage leur autonomie et promeut
le travail de groupe et l’encouragement systématique (abandon du bic rouge pour
le bic bleu, qui souligne ce qui est bon !)
Quelques
lectures complémentaires :
La catastrophe scolaire belge -
L'école démocratique (Aped)
Les inégalités sociales dans
l'enseignement en Belgique - L'école démocratique (Aped)
Belgique - Finlande : le coût
exorbitant du libéralisme scolaire - L'école démocratique (Aped)
Les chiffres qui condamnent la
politique éducative sarkoziste - L'école démocratique (Aped)
Jean-Pierre
Wauters