8 avril 2008. Conférence-débat sur l’enseignement à Bruxelles.

 

Les notes ci-dessous ne prétendent pas reprendre ce qui s’est dit le 8 avril, mais plutôt les lignes de force de la présentation et du débat, telles que je les ai perçues.

 

Nico Hirtt a présenté le résultat de son analyse des études PISA (Programme for International Student Assessment), largement corroborée par les études similaires menées en particulier par la Fondation Roi Baudouin.

 

PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 30 pays membres de l’OCDE et dans de nombreux pays partenaires. Le thème de l’enquête varie entre les domaines de connaissance linguistique, mathématique et scientifique.

 

On peut reprocher à ces enquêtes d’être principalement orientées vers les domaines liés aux préoccupations productivistes de l’OCDE. Ces enquêtes portent peu sur l’acquisition de savoirs porteurs de citoyenneté. La connaissance du monde dans lequel nous vivons n’est pas évaluée. [1]

 

PIZA est cependant un outil essentiel. Ces enquêtes donnent une possibilité de comparaison du niveau moyen de l’enseignement dans les différents pays. Pourtant ce n’est pas dans cet aspect qu’elles ont le plus grand intérêt. En effet, même si les questions cherchent à être culturellement neutres, il est probable que certains résultats sont malgré tout influencés par le contexte spécifique de chaque pays ou région.

 

Là où les études PISA prennent tout leur sens, c’est lorsqu’il s’agit de comparer l’évolution d’un pays ou d’une région par rapport à ses performances antérieures et surtout les écarts entre les jeunes qui obtiennent les meilleurs résultats et ceux qui obtiennent les moins bons.

 

C’est dans l’écart des performances que l’enseignement en Communauté française de Belgique est lanterne rouge.  Nico Hirtt démontre, par comparaison avec les autres pays, que les causes majeures de cet écart sont structurelles. Nous savons, en nous basant par exemple sur le nombre d’écoles à discrimination positive qu’il a fallu créer à Bruxelles, que la situation y est encore pire qu’en région wallonne.

 

Les deux facteurs qui apparaissent comme statistiquement les plus déterminants sont le manque de mixité sociale et la spécialisation précoce. Les pays qui cumulent ces deux caractéristiques se retrouvent dans le peloton de queue des enseignements les plus inégalitaires. Leurs performances moyennes tendent également à être plus faibles. La mixité sociale n’est donc pas, comme certains voudraient le faire croire, un facteur de nivellement par le bas.

 

Pour assurer la mixité sociale le décret « inscriptions » ne suffira pas, même s’il va dans le bon sens. Il faut mettre fin au système de semi-marché scolaire, dans lequel les écoles se livrent une concurrence effrénée, non seulement entre réseaux, mais aussi au sein d’un même réseau. La Belgique, l’Irlande et les Pays-bas sont les seuls pays de l’OCDE où la liberté parentale est totale en matière de choix des écoles. La conséquence en est la formation d’écoles ghettos de riches d’une part, de moins favorisés d’autre part, ce qui provoque une amplification des inégalités culturelles et sociales.

 

Ces deux causes déterminantes ne doivent pas masquer d’autres facteurs qui apparaissent moins dans les statistiques, mais tout porte à croire que tant qu’on n’assurera pas la mixité sociale et un vrai tronc commun jusque 15 ans, la correction d’autres facteurs ne suffira pas à redresser la situation.

 

De même, si on se fonde sur l’approche qui conduisit à la réussite finlandaise, la correction des deux facteurs structurels statistiquement déterminants (mixité sociale et spécialisation tardive) ne suffira pas non plus à créer un enseignement de qualité.

Les autres facteurs qu’il conviendra de corriger sont notamment, et ici je me permets de mentionner certains points qui n’ont pas nécessairement été évoqués dans le débat, mais qui reviennent régulièrement dans ce type de réflexion :

 

Le diagnostic précoce des problèmes et leur prise en charge immédiate par l’enseignant ou par un spécialiste, ce qui suppose un encadrement suffisant et suffisamment formé.

 

La formation des enseignants. C’est un point qui ne fait pas partie du programme en dix points de l’APED, mais plusieurs intervenants lors de la conférence l’ont évoqué. De plus un diagnostic précoce des problèmes et leur prise en charge suppose une formation adaptée.

 

La limitation du nombre d’élèves dans les deux premières années du niveau fondamental.

 

L’ouverture de l’école sur la vie de son quartier par les associations, mouvements de jeunesse, les comités de parents.

 

Des programmes rigoureux, lisibles et cohérents.

 

L’introduction d’une obligation de résultats avec des outils de mesure centralisés et mécanismes de correction en cas de défaillance.

 

Et, bien sûr, un refinancement de l’école à hauteur de 7% du PIB.

 

En conclusion les problèmes de l’enseignement en communauté française sont dramatiques. Ils sont pires à Bruxelles. C’est une problématique complexe, qui ne se résoudra pas en une législature, mais il est indispensable de prendre aujourd’hui les mesures qui permettront dans dix ans de faire fonctionner un enseignement démocratique, assurant à tous les meilleures chances possibles pour se réaliser dans une société en complète mutation.

 

Jean-Pierre Wauters



[1] Bien entendu la capacité de comprendre un texte, de résoudre un problème mathématique et de maîtriser les connaissances scientifiques de base sont des outils nécessaires à l’exercice de la citoyenneté et à la connaissance du monde. Pourtant l’acquisition de ces compétences n’implique pas pour autant qu’il en est fait usage pour comprendre les enjeux politiques, économiques, scientifiques, sociologiques ou technologiques. Cette compréhension est pourtant le préalable d’une vraie démocratie.